Fantastiqua le monde des invisibles

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 Manteau écarlate et obscur destin [Libre] [Influent]

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Oshi
Espion (R.T)


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MessageSujet: Manteau écarlate et obscur destin [Libre] [Influent]   Jeu 20 Aoû - 8:33

Remarque:
 

Des années –dont le compte m’avait échappé depuis Valsoleil- d’errance et de croisade dans la presqu’entièreté du vaste monde trouvaient ici un premier semblant de sens. L’infinie vanité de mon périple se concluait ici, à Valhaine, avec un maigre indice transcrit sur un frêle parchemin jaunit par le temps que j’enroulai fébrilement. Il s’agissait du rapport d’exécution d’un prophète auquel de mauvaises augures proférées à répétition avaient valu d’être condamné à mort. Et, par la grâce de Dieu, le rédacteur avait fait preuve d’une précision zélée qui mentionnait le recueil par un scribe des derniers mots de l’exécuté et le sujet de ceux-ci : une ultime prophétie qui laissait supposer l’existence d’un artéfact capable d’éradiquer d’un coup tous les loup-garous foulant cette terre.

Je rangeai le document à sa place dans un des innombrables rayons qui composait une seule des non moins nombreuses étagères qui semblaient vous engloutir dans la vaste bibliothèque de la ville. Chacune culminait à un bon quatre mètres de hauteur et des échelles coulissantes étaient disposées de ça de là pour atteindre les ouvrages des parties supérieures. Les deux côtés des meubles en chêne croulaient sous les livres ou caisses qu’emplissaient d’interminables mètres de rouleaux de parchemins. On aurait pu croire qu’un tel amas de littérature pouvait constituer un infernal capharnaüm mais le regard pesant sur ma personne démentait une telle théorie : tout individu consultant les connaissances amoncelées ici était inlassablement surveillé par un employé sans faille qui s’assurait que, sitôt refermé, le livre dérangé retrouva sa place. Cette mesure, coûteuse en moyens humains, avait le mérite de fonctionner si bien que toute référence fut trouvable dans la minute de la requête. Ceci évidemment si les précisions étaient suffisantes ; il m’avait personnellement fallu de longues heures de prospection pour en arriver à ce rapport figurant parmi une liste de documents qui comprenaient le mot « artéfact ». Celle-ci m’avait été dressée par le vieux bibliothécaire qui, de mémoire, avait couché les noms et emplacements du moindre ouvrage qui contenait le terme et la tâche l’occupa un temps fou sans qu’il sourcille jamais. Une telle mémoire et tant de patience ne pouvait appartenir qu’à quelqu’un ayant consacré sa vie à lire et peut-être relire les myriades de textes conservées ici. En tout cas, son travail n’aura pas été vain et je retournai vers lui pour lui signifier ma gratitude –qui comprenait une bourse pesante- sous l’œil alerte de mon surveillant qui devait encore s’assurer que je ne fusse avare vis-à-vis du service rendu.

Mes pas pourtant légers sur le sol marbré résonnaient dans les galeries dessinées par les étagères juxtaposées alors que je cherchais à revenir dans l’allée principale. Mais à l’évidence, je m’étais tellement absorbé dans une recherche désordonnée que je ne la trouvai point au milieu de ce labyrinthe littéraire. Je m’en remis donc à l’employé qui me suivait toujours et, sans un mot, celui-ci ouvrit la marche pour me ramener sur le bon chemin. Une fois ceci fait, je me laissai impressionner par les imposantes colonnes de pierre qui soutenaient la voûte du toit, parsemées de couleurs que leur conférait la lumière du soleil filtrée par de splendides vitraux teints. Je m’éloignai presque à regret de l’incommensurable source de connaissances qui se répandait derrière moi, et je n’en gardai –outre une odeur persistante d’encre et de papier- qu’une information peut-être essentielle dans l’accomplissement de la destinée que Dieu m’avait assignée.

Le vieillard, aussi voûté que le toit de son temple, ne vit pas que je me présentais à lui, trop plongé qu’il fut dans la lecture qui l’occupait. Je raclai ma gorge pour l’avertir et, se redressant doucement, il me gratifia d’un sourire qui révélait des dents parfois manquantes dont la couleur s’apparentait au jaunâtre des parchemins. Je le lui rendis, nonobstant l’inutilité du geste due à mon inséparable masque, tout en lui tendant la bourse qu’il attendait silencieusement.

- En vous remerciant pour votre efficacité, brave homme
, formulai-je poliment.

Et lui de me répondre dans un piaillement :

- Messire est trop généreux, qu’il soit à jamais le bienvenu en ce lieu.

Sans blague, songeai-je. Si je l’avais longuement dérangé, mon avis était que peu de gens comme moi lui allouaient en un seul jour l’équivalent d’une semaine de revenus.

Je tournai les talons et m’éclipsai par les lourdes portes du même chêne que les étagères, humant tout de suite le délicat fumet émanant des rôtisseries d’un marchand de rue installé tout près. Je lui achetai une seule cuisse de la volaille qu’il me présenta comme unique dans la région, plus savoureuse que tout autre met. Son charabia commercial était inutile : le parfum avait suffi à éveiller mon envie mais je ne reviendrais sans doute jamais dilapider mon argent à son comptoir. Je m’assis à l’écart de la foule, dissimulé dans l’ombre d’un bâtiment, pour soulever le bas de mon masque et mâchonner ma cuisse dont je tentai de savourer chaque bouchée avant de la recracher. Peine perdue au finale, malgré l’alléchante odeur prometteuse de mille saveurs, aucun goût ne ravit mon palais. C’est en quittant ma cachette sans regarder où j’allais que je percutai un chevalier en armure de plaque qui poussa un « Ho là ! » plus surpris que fâché tout en me dévisageant –du moins l’aurait-il fait si mon visage avait été découvert- d’un œil inquisiteur.

- Pardon, balbutiai-je dans ma confusion.

- Pas d’mal, assura l’autre. Faites gaffe tout d’même, y a des gens moins commodes dans nos rues.

À son air, qui me toisait du haut des près de deux mètres du bonhomme, je compris qu’il s’abstint de justesse d’ajouter que je partageais l’apparence des ceux qu’il disait « moins commodes » et je me sentis l’obligation de lui préciser ma condition :

- Je crains de n’être qu’un vagabond égaré dans votre contrée dont tout m’est étranger. Je suivrai vote conseil, sire.

Le colosse ricana grassement sur ces mots et me gratifia d’une tape sur l’épaule.

- J’suis soldat, pas chevalier. Alors on s’promène comme ça ? J’vous proposerais bien un truc, mais z’êtes p’têt’ pas soucieux d’vous installer ?


- À dire vrai, je suis las de voyager sans trêve. Qu’est-ce donc que votre proposition ?

Ma récente découverte m’incitait à rester dans le pays pour une durée indéterminée, au moins le temps de mettre la main sur la prophétie complète qui devait se trouver dans une bibliothèque de la région où fut exécuté son auteur. Et je ne pouvais décidément pas rester un étranger hantant les rues, j’aspirais à plus de stabilité pour poursuivre ma quête.

- 'Pourriez servir lord Rosiel, not’ chef. Il cherche tout l’temps des gens pour gonfler ses rangs et m’avez tout l’air d’avoir la carrure pour porter les armes. 'Seriez un bon soldat, et l’boulot est bien payé si vous vous battez bien.

- Cela est ma foi fort alléchant, vous m’en trouvez tout disposé à vous suivre.

- V’nez ! lança-t-il en balançant la tête dans la direction à suivre. Y a d’la paperasse à remplir à l’administration de la ville. Verrez, z’aurez un statut de citoyen libre de Nürnen et les avantages avec.

Il démarra avant d’avoir terminé sa phrase et je le suivis à grandes enjambées dans le dédale de ruelles encombrées qu’il emprunta. Alors que mon guide faisait s’écarter la foule devant sa carrure, il me fallut parcourir le trajet en me dandinant comme un canard et avec maintes contorsions pour esquiver qui se retournait avec une poutre sur l’épaule, qui vidait négligemment un seau d’eau sale, qui vous agrippait la manche pour réclamer quelque sou. Je compris vite, également, ce que le soldat entendait quand il parlait de gens moins commodes et décrivis de plus larges détours pour ne pas que ma bourse –déjà trop allégée par le bibliothécaire- ne passe à portée de leurs mains avides qui se baladaient discrètement dans les replis du vêtement d’autrui. Après avoir longé une dizaine de tavernes bruyantes -dont deux ostensiblement destinées à des pratiques peu morales-, un quartier nauséabond où devaient s’entasser des familles pauvres et au moins trente échoppes consacrées à des articles magiques ; nous arrivâmes au pied d’un grand bâtiment dont le luxe apparent contrastait avec ce que j’avais pu voir sur le chemin. Le perron était surplombé de deux colonnes –décidément populaires ici- taillées qui embrassaient subtilement la toiture couverte de fines ardoises en écailles tandis que la façade en pierres entourait une double-porte de bois poli et des fenêtre agencées symétriquement à chacun des trois étages, incluant le rez-de-chaussée.

Mon recruteur en dévoila l’intérieur en faisant grincer les gonds de la porte, et je le laissai encore me guider dans les couloirs au sol couverts de tapis et aux cloisons peintes de couleurs sobres qui semblaient distinguer chaque aile et son utilité. Les murs à l’endroit de notre halte étaient anthracites, de même que les uniformes revêtus par chaque membre de l’administration travaillant là et sur lesquels était cousue en lettres dorées la mention « administration militaire ».

Je fus présenté au bureau d’une dame sans âge qui semblait bien lasse de se trouver là derrière une pile de papiers formant un fouillis indescriptible. On me fit remplir un formulaire que je parcourus rapidement. « Je soussigné… en tout état de conscience… sous le commandement de lord Rosiel ou tout délégué investi de sa confiance… faits d’arme sous la bannière… émoluments selon prestations… digne citoyen de Nürnen… » Une signature ci et là, une fiche d’identification dont la précision m’exaspéra et voilà que j’étais officiellement soldat pour le seigneur de la contrée. La dame me présenta encore une annexe facultative que le soldat qui m’accompagnait m’exhorta à compléter. « Pour prime, nom complet du recruteur, lieu et date : … » lus-je, comprenant par l’occasion l’enthousiasme avec lequel je m’étais fait enrôlé. Le tout dûment rempli et signé, on me remit un document certifiant mon nouveau statut qui légitimerait dorénavant ma présence et mes actes à Nürnen.

Une fois que nous fûmes en dehors du bâtiment, le soldat s’envola comme il m’était tombé dessus et je suspectais finalement de ne pas l’avoir percuté par hasard mais peu m’importait. J’avais une piste et un emploi pour financer mes recherches mais le pays à explorer était vaste et j’étais comme égaré. Bêtement planté au milieu de la rue alors que le soleil déclinait pour céder lentement sa place à la sphère blanche, je restai figé comme si mon prochain geste devait m’être dicté de la parole même de Dieu. Si cela arrivait, quel genre de signe ce dernier pourrait-il bien m’envoyer ?

Ce fut une bousculade, encore. Sauf que cette fois, il n’y eu pas d’échange d’excuses et que celui qui m’avait percuté détalait à toutes jambes, dissimulés sous une cape à capuchon semblable à la mienne à ceci près qu’elle était d’un noir profond. Il avait dans la main un objet plus ou moins en cuir que j’identifiai comme étant ma bourse, aussi me lançai-je à ses trousses. Le voleur me promena longuement au milieu de la foule, sans parvenir à me semer cependant, et il empruntait des chemins que seuls devaient connaître les architectes de la ville m’étais-je laissé dire. D’ailleurs, certains passages que nous empruntâmes n’étaient même prévus pour être traversés. Le filou agrippa au bout d’un moment la barre en fer d’une enseigne que je ne pris pas le temps d’identifier car il se propulsait déjà sur des caisses empilées pour se mettre à une hauteur qui lui permit d’atteindre des balcons successifs qu’il traversa en sautant habilement de l’un à l’autre sans jamais avoir de se soucier du trou parfois large qui séparait ceux-ci. Je n’eus cependant pas de mal à le suivre et il devait en être à se mordre les doigts de m’avoir pris pour cible lorsqu’il se retourna, perché sous le toit d’une habitation en se tenant à en renfoncement qu’offrait une brique manquante, pour s’assurer qu’il m’avait semé. Comme ce n’était guère le cas, il se hissa à la force d’un seul bras pour saisir les tuiles et grimpa sur le toit où je le suivis toujours avec aisance. Nous courûmes encore un certain temps sur le faîte des bâtiments et malgré son incapacité à me semer, le voleur ne me cédait pas le moindre pouce de terrain. À un moment, je manquai de déraper et choir de haut car une ardoise se déroba sous mon pied, mais je parvins à retrouver mon équilibre et je vis celui que je poursuivais se laisser tomber entre deux murs qui se côtoyaient étroitement. Je fis de même et me retrouvai nez à nez avec deux hommes vêtus comme lui, dardant vers moi des piques. J’allais me retourner quand une voix dans mon dos m’intima de ne pas bouger et un regard en arrière me permit de constater que deux autres de leurs acolytes étaient plantés de même dans mon dos. Il devenait évident que ce n’était pas tant à ma bourse qu’à ma personne que ces gens en avaient, mais quel intérêt de m’attirer dans une telle embuscade ? Peut-être avais-offensé un homme suffisamment riche pour embaucher une bande de mercenaires à la seule fin de me liquider. Si c’était le cas, mes chances de me tirer de là étaient probablement infimes mais pas nulles et je tentai la discussion pour gagner du temps.

- Bonsoir messires, que me vaut l'honneur ? lançai-je innocemment.

Des ombres surgit celui qui tenait encore ma bourse, qu'il me lança négligemment avant de relever le capuchon qui obscurcissait son visage balafré. Une longue entaille partait de son oreille droite et descendait vers son menton en se perdant dans le fouillis de sa barbe noire comme ses yeux qui semblaient pétiller dans l'obscurité. Il me considéra un moment avant d'ouvrir la bouche pour me dire d'une voix calme et douce mais très claire :

- Vos agissement, messire. Ce sont vos agissement qui vous ont valu notre attention. Vous êtes un homme digne d'intérêt, Õshi Pistegriffe. Bien qu'il ait suffit de vous départir de votre or pour vous piéger comme la dernière des bleusailles. En avez-vous tant besoin que vous vous lanciez aveuglément sur les traces de qui l'emporte avec lui ? Sans doute, vos recherches pourraient bien épuiser maintes ressources financières. Je vous dirais volontiers où trouver le document qui contient les dernières paroles de cet énergumène de Spavré mais malheureusement même moi ne puis disposer de toutes les informations du monde. Il vous faudra continuer à chercher par vos propres moyens.

Je bus avidement toutes ses paroles et en analysai le sens. Il me connaissait, ce qui ne laissait rien présager de bon, et il savait ce que j'étais venu faire ici, ce qui était encore davantage inquiétant. Cependant, le fait qu'il se désole de ne pouvoir m'aider et qu'il m’exhorte à poursuivre seul mon enquête me permettait de croire que ces hommes comptaient me laisser repartir. Je lui répondis prudemment :

- C'est bien dommage pour un homme aussi informé que vous semblez l'être. Mais ce n'est pas grave, j'ai encore tout le temps de mettre la main sur ce document. Puis-je vous demander lesquels de mes agissements vous ont attiré à moi ? Si j'ai fait quelque chose susceptible de vous offenser vous m'en voyez navré et tout disposé à ne pas me répéter.

L'autre sourit.

- Nous ne sommes pas offensés. Nous sommes intéressés. Vous traquez vos proies, les loup-garous, avec une efficacité admirable. Il vous est arrivé d'assassiner quelqu'un qui n'avait même pas encore montré ses crocs mais jamais vous n'avez fait de victime purement humaine. Vos capacités à rassembler des preuves et à agir en conséquence sont proprement remarquables. Et potentiellement utiles. Maintenant que vous êtes citoyen de Nürnen, vous êtes éligible pour une fonction des plus honorable au sein des rangs de Lord Rosiel. Mes amis et moi-même agissons à son compte en tant qu'espions. Et il se trouve que le Lord se fie assez à moi pour me déléguer le soin de dénicher des éléments fiables. Vous ne m'avez pas l'air d'un mauvais gars, mais je devrai quand même m'assurer de votre loyauté pour cette fonction. Elle comprend bien sûr des privilèges dont il vous siérait fort de bénéficier. Que dites-vous de cette proposition ?

Je soupesai chaque mot et en évaluai les tenants et aboutissants. Il me fallait encore découvrir quels étaient les bénéfices dont il était question mais j'aurais menti en prétendant ne pas être intéressé. Il me fallut un moment pour décider de ma réponse cependant mais je finis par acquiescer. Mon interlocuteur sourit de nouveau et les quatre autres filèrent silencieusement.

- Dans ce cas, à bientôt messire. Nous reviendrons vous quérir.

Il disparut sur ces mots, littéralement, me laissant là seul à me demander comment j'avais fait pour me retrouver enrôlé de la sorte. Le soldat faisait-il aussi partie du coup monté ? Cette soirée m'avait amené à songer que rien de ce qui s'était déroulé ce jour n'avait été le fruit du hasard et qu'en fait de coïncidences, c'était mon destin que je venais de rencontrer.
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Lindorie
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MessageSujet: Re: Manteau écarlate et obscur destin [Libre] [Influent]   Ven 11 Déc - 11:10

HRP:
 


Des gardes, des gardes,et encore des gardes. Partout. Quel était l'intérêt pour moi de rester dans une ville aussi excessivement protégée ? Les grandes avenues luxueuses voyaient pousser comme du bambou de colossaux bâtiments architecturés avec goût et dont on pouvait constater le riche aménagement en regardant à travers les fenêtres qui diffusaient la lumière d'une pièce généreusement éclairée par maintes chandelles. Quelle tentation c'était de se faufiler dans l'une d'elle et d'y dérober la fortune qu'elles recelaient sans le moindre doute. Entre commerces fleurissants et maisons de maîtres, mon sang frémissait en imaginant l'or inondant d'entières pièces sécurisées avec zèle qui pourrait néanmoins m'échoir avec un brin d'habileté. Mais rien que s'introduire sans être vue devait être une sinécure  tant les hommes d'armes se répandaient tels de mauvaises herbes tout le long des rues spacieuses. Si les ruelles étaient bien plus avenantes pour de malhonnêtes personnes, leurs édifices ne l'étaient guère pour les ambitieux voleur. La couleur des façades s'émaillait quand ce n'était pas une brique qui manquait ou un châssis qui pendait lamentablement par un gond qui s'accrochait vaille que vaille.

J'avais passé la journée à parcourir la ville de part en part, ne trouvant aucun quartier qui se prêta à un cambriolage dont la rentabilité vaudrait la prise de risques. En fait si, la rentabilité était bien suffisante, mais qu'aurais-je à faire de tonnes d'or si j'étais certaine de finir écrouée dans un sinistre cachot des souterrains de cette citadelle ? J'allais retourner vers la place à la tombée du crépuscule avec dans l'idée de me procurer, légalement ou non, un instrument et de me produire pour gagner mon pain en toute honnêteté quand quelque chose heurta mon épaule et me fit choir sur le sol qui écorcha mon genou. "Hé là !" me récriai-je avec un claquement de langue. En relevant les yeux, je découvris un authentique géant en armure qui me toisait d'un air qui n'avait rien pour me plaire. "Pardon m'dame, j'vous avais pas vu," fit-il en me tendant une main que j'écartai d'un revers farouche. "Regarde donc où tu vas, maudis soiffard de soldat !" Il m'adressa un regard éberlué avant de presque loucher en me fixant bêtement. "Pardon, s'obstina-t-il, j'suis bien confus d'vous avoir blessée. M'avez pas l'air bien pourvue comme ça avec vos frusques, chercheriez pas du travail des fois ? Y a que les hommes ils aiment bien qu'on les choie un peu après avoir combattu et la région s'agite pour l'moment. Notre bon Seigneur Rosiel recrute tout c'qui peut servir et j'connais rien de tel qu'un beau brin de d'moiselle pour panser les plaies du corps et du coeur, hum ? Qu'est-ce vous dites de devenir guérisseuse de guerre pour le Lord ? Ça paie bien et y a des avantages," récita-t-il d'une traite sans me laisser en placer une. Ma patience déjà irritée vola en éclats et je le fis dégager en lui déversant un répertoire de jurons choisis et à grand renfort d'index appuyant rageusement sur son torse de fer.

Il n'en avait pas fallu davantage pour me passer l'envie de chanter, je m'engouffrai de fait plutôt dans le sinueux dédale de ruelles peuplées de de malandrins aux mains aussi avides d'argent que d'autre chose comme l'indiquait assez leur regard lubrique quand bien même ils s'abstenaient d'oser proférer des suggestions obscènes. Une paire de téméraires estima que j'étais une proie suffisamment facile pour qu'ils obtiennent de moi ce qu'ils obtiennent l'objet de leurs désirs en s'imposant de force. J'avais bien tenté de les contourner mais ces imbéciles m'avaient barré le passage et force m'avait été de faire le nécessaire. Ma dague se chargea de priver l'un de jamais proférer une parole supplémentaire et mon pied alla se présenter à la progéniture qui ne verrait jamais le jour du second avant que je ne reprenne mon chemin sous les yeux suspicieux de quelques autres malotrus qui devaient avoir compris qu'il était vain de tenter quoi que ce soit à leur tour. Je pus donc aller tranquillement, ayant presque oublié ce qui m'avait amenée dans des lieux si peu accueillants à la tombée de la nuit mais cela me revint vite. Je n'aspirais qu'à trouver une auberge ni trop délabrée ni trop coûteuse mais la tâche commençait à paraître compliquée et à l'évidence il allait bien falloir que je me décide entre l'un et l'autre. J'allais retourner vers les artères principales de la ville quand je tombai nez à nez avec un grand diable à l'allure plus inquiétante encore que tous ceux rencontrés précédemment. Immobile au milieu d'une ruelle, son visage dissimulé par un capuchon et un voile noir qui ne laissait entrevoir que ses yeux de glace perçants, je compris immédiatement qu'il n'avait rien à voir avec les petites frappes du coin. Je me sentis subitement acculée comme une bête traquée, il était sur mon chemin et je ne pouvais passer sans qu'il s'écarte. Si je faisais demi-tour, je devrais lui tourner le dos et cette idée ne m'enchantait guère. Ce regard... qui pouvait bien être cet homme ? Je fis de mon mieux pour retrouver mon aplomb coutumier et faire un pas de plus vers lui. "Excusez-moi, je dois me rendre par là..." lançai-je avec trop de timidité à mon goût.

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